
On range les rats dans les égouts des glauques ruelles londoniennes et on sort le corbeau qui va hanter des cieux tout aussi menaçants. Les vikings tout de noir vêtus débarquent de leurs Longships pour tout dévaster.
Exit les petites filles, maintenant ça parle putes et femmes fatales, dope, politique, guerres et destructions.
C’est avec cet album que les Stranglers vont se mettre à expérimenter vraiment. Le clavier, la batterie et le chant ne sont jamais les mêmes (et ne sonnent jamais pareil) d’un titre à l’autre, les seuls repères étant la basse coup de kick dans la gueule et la guitare toute en arpèges répétitifs. Les rythmes sont alambiqués, les morceaux tordus et les sons et les voix sont souvent passées à la moulinette à effets.
Ce putain de corbaque est réputé être un des plus difficiles d’accès, mais c’est en fait celui que j’écoute le plus. Cet album est foutrement riche, violent, baroque (bordello), maniéré, décadent, déconcertant.
The Raven c'est l'instrumental menaçant "Longships", la voix chuchotée mais tout aussi menaçante de "The raven", les deux basses mastocs et le texte syncopé de "Dead Loss Angeles", l'intro grandiloquente et trompeuse de "Ice", cet arpège descendant de guitare qui démonte tout sur "Baroque bordello", le clavier enfantin et léger posé sur la basse en béton armé de "Nuclear device" (qui renvoie au "Sweden" de Black And White), la rythmique déconstruite et devo-esque de "Shah shah a go go", la ballade cotonneuse et sous morphine "Don't bring Harry", l'ultra-classique "Duchess" auquel s'enchaîne à la perfection le très expérimental "Meninblack", et le terrible break de basse qui précède le final destructeur de "Genetix".
Yep, tout ça sur deux simples faces de vinyl.
La pochette intérieure est tout aussi riche, mélangeant les graphismes et les polices, avec quelques citations ou extraits d'articles de journaux posés de-ci de-là, pour un résultat qui m'a toujours fait penser aux "avant-gardistes" de l'équipe Bazooka.
Jusqu'à ma mort, je sais que j'aurai toujours ce corbeau posé sur l'épaule.
Ah, et juste un mot au sujet de "Meninblack" (le morceau, pas l'album). À l'origine le single prévu pour accompagner la sortie de The Raven était "Two sunspots", mais les gonzes ont fait une erreur de manip en voulant écouter la bande et c'est au ralenti qu'ils ont entendu la prise de synthé, qu'ils ont gardée telle quelle pour composer le titre "Meninblack", renvoyant "Two sunspots" sur l'album suivant : The Meninblack.
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